
Au Moyen Âge, l’espérance de vie était de seulement 30 ans. Aujourd’hui, elle atteint environ 85 ans pour les femmes et 79 ans pour les hommes.
Cependant, dans certaines régions du monde, appelées « zones bleues », des hommes et des femmes vivent bien au-delà de ces moyennes.
Le terme « zone bleue » a été introduit par Gianni Pes, un universitaire italien, et Michel Poulain, un démographe belge.
En 2000, Gianni Pes et Michel Poulain ont découvert la première zone bleue dans la province de Nuoro en Sardaigne. Cette région abrite la plus forte concentration d’hommes centenaires au monde, vivant dans divers villages de montagne.
Depuis 2002, avec le soutien de la National Geographic Society et sous la direction de Dan Buettner, un projet a été lancé pour identifier d’autres zones bleues dans le monde.
Pourquoi ces personnes vivent-elles aussi longtemps ? Quelles différences ont-elles avec nous ? Sont-elles en bonne santé ? Que mangent-elles ?
En 2017, cinq zones bleues étaient reconnues dans le monde.
La province de Nuoro en Sardaigne : Leur alimentation repose principalement sur des produits locaux et simples. Céréales, légumes, fruits et pommes de terre cultivés dans leurs potagers, des herbes sauvages qu’ils récoltent eux-mêmes en montagne, ainsi que des noix et des châtaignes, surtout en hiver. Leur alimentation est issue de leur propre travail. La viande est consommée avec parcimonies, 2 à 4 fois par mois (jamais de viande rouge). Le poisson est absent de leur régime, les villages étant trop éloignés des côtes. Ils consomment des produits laitiers (principalement de brebis et de chèvre). Enfin, ils produisent leur propre vin rouge à partir du cépage grenache.


L’île d’Ikaria en Grèce : Le régime alimentaire des Icariens repose sur une grande variété de légumes, de fruits, d’huile d’olive, de poisson, de lait de chèvre et un peu de viande. Les habitants cultivent leurs propres fruits et légumes dans leur jardin, avec une place importante accordée aux légumineuses comme les lentilles, les pois chiches et les haricots, présents dans presque tous les repas.
L’île d’Okinawa au Japon : L’alimentation traditionnelle d’Okinawa est principalement végétale, riche en patate douce violette, légumes, tofu fermenté, algues et un peu de poisson. Les Okinawaiens consomment peu de riz blanc et très peu de produits laitiers. Ils boivent du thé au jasmin ou du thé vert chaque jour et utilisent des herbes médicinales et des épices comme le curcuma. La viande est rare, les portions sont petites et les habitants mangent jusqu’à 80 % de satiété. Ce régime simple et nutritif est lié à leur longévité exceptionnelle.


La péninsule de Nicoya au Costa Rica : Les habitants de Nicoya consomment une alimentation simple et naturelle, riche en maïs, haricots noirs, courges, riz, beaucoup de fruits, dont la papaye et des légumes frais. Ils mangent peu de viande, privilégient les œufs et le poisson, et boivent beaucoup d’eau. Leur cuisine repose sur des produits locaux, peu transformés, avec des portions modérées et des repas partagés en famille.
Loma Linda en Californie : Leur alimentation est composée à 60% de fruits et légumes, avec des légumineuses, des noix, des graines et des produits laitiers. La consommation de viande est très rare.
De nombreux habitants sont adventistes du septième jour et suivent une alimentation principalement végétarienne. Ils consomment beaucoup de fruits, légumes, céréales complètes, légumineuses, noix et graines. La viande est rare ou absente, les produits laitiers sont consommés avec modération, et l’eau est la boisson principale. Le café, l’alcool et le tabac sont généralement évités.

Les points communs de ces zones bleues incluent une activité physique modérée et régulière, un but dans la vie, et souvent un jardin où ils cultivent leurs légumes. Leur alimentation est principalement à base de légumes et de fruits avec une consommation occasionnelle de viande, de poisson ou de fromage.
Par exemple, les habitants d’Ikaria ont un régime similaire au régime crétois, tandis que les villageois de montagne sardes consomment de la viande, y compris de la charcuterie faite maison, sans acheter de produits de supermarché.
Un engagement spirituel ou religieux joue un rôle important dans leurs vies, de même que l’engagement familial et social, ils sont heureux.
Sur l’île d’Okinawa, les habitants croient en la guérison par les aliments, qu’ils appellent « Nuchi Gusui ». Ils ont une vision très positive de la vie, gèrent efficacement le stress et possèdent un grand sens de l’humour et de la créativité.
Lorsque le journaliste Dan Buettner a évoqué plusieurs centenaires sur les raisons de leur remarquable longévité, beaucoup ont souligné l’importance des liens familiaux et sociaux. En Sardaigne, les personnes âgées vivent au sein de leur famille plutôt qu’en maison de retraite. Les aînés estiment avoir un excellent bien-être mental et signalent peu de symptômes dépressifs. Une étude italienne menée auprès de 160 seniors de cette région a révélé que la résilience était fortement liée à des indicateurs de bonne santé mentale. Pour ces aînés, la résilience et la satisfaction tirée des relations sociales constituant des facteurs clés de leur bien-être psychologique.
Une chose me semble encore plus étonnante : pourquoi si peu de gens parlent des zones bleues ? Pourquoi cette façon de vivre n’est-elle pas enseignée à l’école ? Pourquoi sommes-nous encore esclaves des supermarchés ? Avons-nous abandonné nos artisans ? Les médias nous bombardent de nouvelles négatives, mais ne pourraient-ils pas aussi parler de cette incroyable découverte, montrer qu’il est possible de vivre autrement ?
Lorsque j’ai commencé mes recherches sur les zones bleues, j’ai trouvé un article sur Wikipedia qui mentionnait que certains observateurs et chercheurs sont sceptiques quant à l’existence de ces zones, suggérant une possible exagération. Ils avancent que dans ces régions, les naissances sont parfois déclarées tardivement, ce qui modifie l’âge des habitants. Ils prétendent même qu’il pourrait y avoir une fraude aux retraites.

Admettons un instant l’hypothèse d’une fraude. Imaginons que ces villageois centenaires n’aient en réalité « que » 80 ou 90 ans. Soit. Mais comment expliquer alors leur incroyable vitalité ?
Ces hommes et ces femmes continuent de jardiner au quotidien, parcourent des kilomètres à pied et affichent une santé tout simplement éclatante. Ils s’épanouissent pleinement, protégés des maladies chroniques et des longues périodes de souffrance, portés par une hygiène de vie exemplaire.
Regardons autour de nous, connaissez-vous beaucoup d’octogénaires dotés d’une telle énergie ? C’est bien là que réside le véritable mystère, bien au-delà des chiffres sur un papier.
En résumé, en adoptant le mode de vie des zones bleues, pour vivre longtemps et en bonne santé, il semble important de se nourrir sainement, de savoir gérer le stress, de pratiquer une activité physique douce, d’aimer la vie, d’être heureux, de s’entourer de ses proches et de s’engager dans la vie sociale.
« Les calculs de mes ingénieurs sont formels. Le projet est irréalisable. Il ne reste plus qu’une chose à faire : le réaliser. », Pierre Latécoère
